7. L'aventure continue, la tourista...

Delhi, case départ ou case de transition et d’introduction à l’Inde… Petit choc thermique car ici il fait 45 degrés… Pour Fred c’est le choc culturel : pollution, trafic, chaleur moite et étouffante, misère… de plus tous les sens s’éveillent et la vie te pète en pleine tronche ! Pour moi c’est la VIE qui reprend… je suis dans mon élément. Heureuse comme un poisson dans l’eau ! La Suisse a coupé cet élan voyageur en deux et il me faudra un peu de temps pour revenir en voyage. On dit bien qu’il faut un mois pour ETRE en Inde, alors si on rentre quelques jours il faut peut-être bien aussi un temps pour se sentir en Inde. Ça ne fait rien, on recommence…


Malade

Après son deuxième jour passé à Delhi, Fred a attrapé la tourista, ce qu’on pourrait qualifier de baptême intestinal pour celui qui fait son premier voyage… La nuit en train n’a pas été de tout repos (description dans le prochain article, histoire à suivre…). Fred a passé 5 jours cloitré à l’intérieur de la chambre multipliant les va et vient aux toilettes…


La tourista (par Fred)


A mon arrivée à Dehli, je m’étais promis de faire très attention à mon alimentation car je savais que mon organisme serait soumis à rude épreuve dans un pays où les aliments, l’hygiène et la pollution sont très différents de ce que l’on peut rencontrer en Suisse. Je ressentais le besoin de prendre certaines précautions qui auraient dû me permettre d’habituer mon organisme en douceur aux conditions de vie rencontrées là-bas. D’autant plus qu’en Inde, il n’y a pas que l’organisme qui est perturbé. En effet, les dimensions mentale et émotionnelle (et je ne parle même pas de la dimension spirituelle…) sont elles aussi soumises à rude épreuve tant les stimuli extérieurs captés par les 5 sens physiques peuvent être sources de perturbations pour la personnalité dont les conditionnements, les valeurs, les croyances et les repères sont totalement inadaptés au mode de vie indien. Ces perturbations qui touchent inévitablement le psychisme de celui qui débarque en Inde pour la première fois ont évidemment un impact négatif sur le corps physique, qui doit donc en plus de cela travailler d’arrache-pied pour gérer les agressions extérieures provenant de l’alimentation, de la pollution et du climat.

Les deux premiers jours à Dehli je me suis senti très bien, plein d’énergie, allant même jusqu’à éprouver des sentiments égotiques de toute puissance et d’invulnérabilité en constatant avec quelle maestria mon corps et mon psychisme ont tenu le coup. C’était sans compter le travail de sape sournois de milliards de vils bactéries (ouais comme les méchants dans le dessin animé « il était une fois la vie ») qui étaient en train de mettre à sac la fantastique flore intestinale que j’avais mis des mois à développer à coup de litres de Kombucha et d’associations alimentaires soigneusement élaborées. Et voilà que tout est fichu, c’est trop con ! Les premiers gargouillis annonciateurs du génocide de ma flore intestinale ont créé un sentiment de détresse qui était d’autant plus fort qu’il succédait à la conviction illusoire de mon indestructible immunité. La grande désillusion dont je fus victime, additionnée aux peurs de tomber malade, ont sûrement accéléré le putsch intestinal et l’installation de la maladie, l’influence du psychisme ayant bien évidemment un lien sur le métabolisme et son immunité, selon mes croyances du moins. Voilà donc que je fus le témoin des premières manifestations la turista, qui se caractérise par des douleurs dans le bas ventre accompagnées d’incessantes diarrhées (et autant de va-et-vient aux chiottes).


Les désagréments engendrés par la turista et ses symptômes pour le moins « chiant » (pardonnez-moi la trivialité du jeu de mots) auraient pu être gérés facilement si j’avais pu rester dans ma chambre d’hôtel pendant quelques jours à Dehli, cloitré dans la chambre, mais voilà que nous avions déjà réservé un billet de train pour Pathānkot, dont le départ était prévu le soir du 3 jours, soit quelques heures seulement après le début des premiers signes annonciateurs de la turista, qui n’étaient pas encore trop violents, le pire étant à venir…


Nous arrivons à la gare à 21h00 et le besoin de courir aux toilettes se fait de plus en plus fort. Je me presse pour trouver les toilettes. De plus en plus tendu et stressé, un soulagement s’empare de moi quand j’aperçois le panneau des toilettes hommes, et je m’engage d’un pas volontaire en étant prêt à faire abstraction de l’odeur et des couleurs. Heureusement qu’Anisia est là et qu’elle peut veiller sur mon sac de 60 litres. Mais comble de malchance, voilà qu’il n’y a pas de lumière dans les WC. Un éclair de lucidité me traverse alors l’esprit : « va chercher ta lampe de poche frontale, mais prestement ». Le fait de m’être tant rapproché du moment où je pourrais me soulager a considérablement relâché la vigilance consciente des contractions musculaires des muscles fessiers et du sphincter, tant et si bien que de petits mouvements furtifs de relâchement se manifestent, mais que je parviens fort heureusement à contenir avant qu’il ne soit trop tard. Le stress auquel je suis soumis bien malgré moi n’arrange pas les choses et je dois courir chercher ma lampe dans mon sac, au milieu des indiens qui me regardent, interloqués. Ma lampe sur le front, je pénètre dans l’obscurité nauséabonde et sélectionne au hasard une porte derrière laquelle j’imagine déjà le décor, mais peu importe, je fonce… ! Hum ça va encore c’est des toilettes turcs (j’imaginais la qualité des toilettes genre comme dans le film « Trainspoting »). J’inspecte rapidement les toilettes en dirigeant le faisceau de lumière dans tous les coins en prenant soin de ne pas mettre un pied dans le trou. Bon je vous passe les détails, mais ça fait grandement du bien, un moment d’intense soulagement. Dans ces moment-là, on fait abstraction de tout, on est beaucoup moins dédaigneux, on s’en fout pas mal que le pantalon soit au contact des excréments et de l’urine d’autres personnes. Il est l’heure d’aller sur le quai attendre notre train. L’escalier qu’il me faut franchir pour traverser les 18 voies me paraît infranchissable, mes muscles s’étant déjà étrangement affaiblis. Une vague apaisante me submerge quand Anisia m’annonce que notre train est déjà en gare, ce qui signifie que je peux directement retourner aux toilettes dans le train. Là je me dis que je suis bien content d’être dans une gare indienne où les conventions morales n’imposent pas d’attendre le départ du train avant de pouvoir poser sa borne. Voilà que nous partons pour 11 heures de train et une nuit qui s’annonce mouvementée et forte en émotions.

Ben ouais ce fut un calvaire, j’ai multiplié les allers et retours aux chiottes, devant à chaque fois descendre de ma couchette située au-dessus des deux autres, serrant les fesses tant bien que mal, me frayant un passage rapidement entre les indiens dormant à même le sol et veillant à ne pas les écraser dans la précipitation, et attendant parfois plusieurs minutes devant les toilettes avant qu’elles ne se libèrent. Pas dormi de la nuit le Fred, faisant passer le temps entre deux vidanges en mettant en pratique tant bien que mal les visualisations de lumière blanche et le conditionnement positif, qui s’avérèrent totalement inefficaces soi dit en passant, tant sur mon état d’esprit que sur mes symptômes. J’étais fébrile et totalement déshydraté. Dans mon dépit, je me suis même surpris à convoiter la bouteille d’eau d’un indien dormant plus loin et à élaborer des scénarios pour lui soutirer incognito sa bouteille (si si c’est vrai…). Au beau milieu de la nuit, je réveille alors Anisia qui dormait sur une couchette en face de la mienne, surtout pour chercher du réconfort et pour lui exprimer mes angoisses de mourir déshydrater (re si si…). A la prochaine halte du train, elle sort chercher des bouteilles sur le quai. Je l’attends plusieurs minutes en imaginant déjà le train repartir sans elle, dans une détresse qui me surprend encore aujourd’hui, malgré toutes mes belles théories sur le lâcher prise et la conscientisation des peurs.


Hum, véritablement la pire nuit de mon existence, avec une humeur exécrable comme j’en ai rarement eu, jetant des regards assassins et méprisants à toute personne qui croisait mon regard. J’ai bien dû perdre 4-5 kilos en une nuit, une vraie purge…


Arrivée à Pathānkot, j’étais bien incapable de prendre le bus qui devait nous mener à Mac Leod Ganj, vu que celui-ci devait arpenter des routes cabossées, sans aucun arrêt pendant 2 heures 30. Nous avons donc pris un taxi, plus confortable et plus souple pour s’arrêter au besoin. Le trajet fut également des plus désagréables mais la perspective de pouvoir me retirer dans une chambre de Guest house avec un bon lit me regonfla le moral.

Je n’ai pas vu d’amélioration de mon état les 3 jours qui ont suivi. Comme je continuais de me déshydrater malgré les litres d’eau ingurgités, nous sommes allés chercher des médicaments en pharmacie. Après description de mes symptômes au pharmacien, celui-ci me prescrit un traitement antiparasitaires (!) et des probiotiques pour reconstituer ma flore intestinale. Moi qui suis un fervent défenseur de la médecine parallèle, j’étais bien content d’avoir sous la main de l’allopathie efficace qui a fait disparaître mes symptômes après deux jours de traitement seulement… Quelle joie de retrouver de l’énergie et de pouvoir enfin profiter des somptueux paysages des alentours de Mac Leod Ganj…


Voilà une expérience dont je me serais bien passé, mais qui avec du recul nous fait encore beaucoup rire Anisia et moi…



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