13. Au coeur du désert, un monde de couleurs


Dix mois déjà que je sillonne l’Inde, plongée au cœur de ce pays que j’aime tant et toujours plus… La magie de l’Inde me transporte d’univers en univers différents et riches en apprentissages et expériences.

J’ai peine à imaginer qu’il y a un mois, je me trouvais à Drass au Ladakh, deuxième endroit habitable le plus froid du monde. Et aujourd’hui, je suis en plein cœur du désert du Thar sous une chaleur presque insupportable. D’une culture bouddhiste au Ladakh où j’ai connu beaucoup de ladakhies ouvertes et chaleureuses, je suis passée à la culture musulmane au Cachemire où les femmes portent le voile et restent bien souvent cloîtrées à la maison, puis chez les sikhs à Amritsar. Les sikhs et leurs temples somptueux où il règne une atmosphère de partage, de chaleur humaine et de sérénité. Me voilà aujourd’hui dans le désert du Thar, au pays des mille et une nuits, des palais de Maharaja, des hommes au turban fier, des femmes aux saris colorés, des dromadaires…

L’Inde c’est comme un Walt Disney, monde de magie où des tas de petites surprises t’attendent à chaque tournant. Croiser un dromadaire en pleine ville c’est tout de même surprenant ! On croirait rêver. Et ces vaches sacrées partout, elles font partie du décor, même en plein centre-ville d’une capitale ou sur l’autoroute… Même qu’il ne faut pas les embêter, sur la route, elles seules ont la priorité ! Imaginez un énorme taureau se promenant en pleine ville sur le trottoir au milieu de la foule… En Occident c’est la panique, mais ici c’est normal et les taureaux sont « shanti[1] », no « problem ».

Voilà déjà un mois que je voyage en Enfield avec Joe. La moto est une belle expérience et une toute autre aventure que le voyage petit budget en bus local et en train. Fini les longues heures de bus avec la peur au ventre, fini ces trajets de nuit où on rate tout. L’avantage de la moto c’est de pouvoir sortir du circuit touristique et de se sentir libre, s’arrêter dans les petits villages où les gens surpris de voir débarquer deux blancs sont curieux et chaleureux. Voyager en moto, c’est aussi avoir une vue de 360 degrés et de profiter au maximum des paysages. Je m’en prends plein la vue et je mitraille avec mon appareil photo ! Nous avons passé 5 jours à Amritsar, admirant chaque jour le Temple d’Or, une véritable merveille et haut lieu spirituel. Puis nous avons repris la route pour environ 500 km en direction du Rajasthan.

Réveil matinal pour rouler un peu avant la grosse chaleur qui démarre déjà à 9h du matin, nous voilà parti. L’état du Punjab est très vert et humide. C’est la période des moissons. Les tracteurs sont chargés au maximum et c’est plutôt surprenant de voir à quel point on peut en mettre du grain ! Les bizarroïdes taxis collectifs à trois roues et sans capot sont aussi surchargés ! Non ce n’est pas le concours pour entrer dans le Guinness book du record du véhicule le plus rempli !


La route le long des rangées d’arbres est agréable, on traverse des champs d’orangers, on se perd sur des petites routes sans savoir vraiment où on va. Et comme partout en Inde, on nous dit jamais « I don’t know »[2]. Les indiens sont si contents de pouvoir nous aider qu’il nous indique un chemin, même si ce n’est pas forcément le bon.


Plus on roule, plus on se rapproche du Rajasthan, les paysages deviennent arides et le climat sec. Nous commençons à croiser des chameaux sur l’autoroute ! Il faut savoir qu’en Inde, l’autoroute c’est pour tout le monde. Ainsi on rencontre des vaches, des buffles ou des chevaux qui tirent des charrettes, des vélos et des pèlerins. Des pèlerins courageux qui osent affronter la chaleur et marchent le long des routes en direction des temples, un festival va bientôt commencer…

Nous voilà au Rajasthan, en plein désert du Thar. Un désert plutôt rempli de vie, de quelques îlots de verdure, de quelques bestioles et surtout de couleurs éclatantes !

Bikaner, la ville rouge, encore une fois immergée dans un tout autre univers. C’est juste fantastique ! Au temple des rats nous avons eu un accueil inoubliable ! On avait choisi le premier jour d’un festival pour visiter le temple, on n’a pas été déçu ! Invité à danser au milieu d’une foule teintée de rouge, invité à prendre des photos de gens très beaux et fiers, accueilli par la foule curieuse et chaleureuse… On s’attendait à voir davantage de rats dans le temple, mais ils étaient plutôt mal en point ! Avec cette foule venue les honorer ils ont du faire une indigestion d’offrandes ! Le Karni Mata temple est quand même l’un des temples les plus étranges de l’Inde où vit toute une foule de rats sacrés ! Et mieux vaut prendre un bon bain de pieds après avoir visité le temple pour les plus paranos car le rat est quand même l’animal qui transporte le plus de maladies, mais bon ici c’est différent, ils sont sacrés.


Dès que je me retrouve seule dans la rue, c’est toute une foule d’homme qui me regarde puis commencent à m’approcher et à me poser les questions habituelles indiennes : « Wich country ? What is your name ? First time in India ? How do you like India ? » Sans oublier l’incontournable « Are you married ? ». Les indiens sont parfois collant et qu’il est impossible de s’asseoir quelque part sans qu’une foule se forme autour de moi. C’est ça être une femme en Inde ! Ça peut être fatiguant, énervant, gênant ou simplement très amusant, cela dépend dans quel état d’esprit on est.



Moments inoubliables au Rajasthan


Au cœur du désert du Thar, apparaît tel un mirage une grande forteresse, c’est la splendide cité d’or : Jaisalmer. J’ai beau l’avoir déjà vu deux fois, j’ai l’impression de la redécouvrir avec un regard nouveau et le cœur rempli d’émotions. Dans les dédales de petites ruelles, je me laisse emporter par le charme de ces somptueuses haveli[3] et me plonge dans ce monde des mille et une nuits.


Jodhpur, la ville bleue où je suis déjà passé deux fois sans prendre la peine d’y rester et de sentir son atmosphère particulière… Je n’avais jamais visité le fort et j’avais raté quelque chose ! J’ai l’impression d’être Indiana Jones, parti à l’aventure dans les remparts du fort. Une armée de singes blancs au visage noir me bloque le passage aidé par une bande de chiens montrant leurs cros. Ça m’a bien l’air d’être les gardiens de cet endroit magique et mystique que je viens de découvrir. Je ne pourrai pas m’aventurer plus loin. Je m’arrête au bord d’un étang où j’admire les hérons, cigognes, martins pêcheurs et autres nombreux oiseaux… Un aigle plane au-dessus de moi… Tout d’un coup, je remarque un objet non identifié dans l’eau : une tortue ! Surprenant ! Emerveillée par cet endroit calme et serein, j’en attrape même la chair de poule. Emportée encore une fois par la magie de l’Inde. Aujourd’hui, les signes m’ont guidés jusqu’ici pour vivre ces instants de pure magie !


En Inde, il faut toujours s’attendre à l’inattendu : tout peut arriver !


Comme se faire embaucher pour jouer à Bollywood !

On arrive à l’hôtel à Jodhpur, le patron nous demande si on est intéressé à tourner dans une pub pour du savon en plein désert. On rencontre l’intermédiaire, il embauche tout de suite Helmut et Blanca, le couple belge qui voyage avec nous depuis Jaisalmer pour tourner dans une série. Joe, moi et un couple suisse sommes engagés pour tourner la pub pour du savon le jour d’après… Finalement on n’aura plus de nouvelles pour ce tournage, bon ben tant pis ce n’est pas grave. Le lendemain, je me rends au célèbre omelette shop de Jodhpur déguster la fameuse « masala cheese omelette ». Voilà qu’un homme me demande si je veux tourner dans une série. Je suis intéressée. Avec un autre touriste espagnol, on se retrouve pour rencontrer le responsable des figurants. C’est le même type que l’autre jour (celui qui nous avait proposé la pub et qui a engagé Helmut et Blanca pour la série). A voir sa tête, il n’a pas l’air d’être ravi de nous voir. Il appelle son patron puis nous donne rendez-vous 30 minutes plus tard. On croit être engagé et déjà tout excité à l’idée de tourner dans une série indienne et de vivre une expérience plutôt originale. Entre temps, Helmut et Blanca ont été engagé pour la pub pour du savon, ils partent pour rencontrer le big boss pendant que nous attendons des nouvelles de notre responsable qui n’arrivera jamais. Finalement il a engagé Helmut et Blanca pour les deux tournages, ils correspondent parfaitement au profil recherché : le profil du touriste occidental. Ils ont vécu une expérience vraiment hors du commun à jouer les acteurs dans des décors somptueux au cœur du désert. Imaginez-vous, fraîchement débarqué d’Europe, vous êtes directement embauché comme acteur et toute l’attention est mise sur vous, vous êtes soigné comme des princes… Balancé dans cette Inde si étrange et dépaysante, vous êtes plongé dans un tout autre monde : le cinéma indien.

Plus je passe du temps en Inde, plus je m’éloigne de ma vie d’occidentale… Maintenant, on ne me demande plus si c’est ma première fois en Inde ni depuis combien de temps je suis ici, on me demande si je vis en Inde… Du coup je ne corresponds plus du tout au profil pour jouer à Bollywood, tant pis ou plutôt tant mieux, je n’aurai pas de carrière au cinéma indien.


Accueil à la poste de Pushkar


Arrivé à Pushkar, on retrouve Sophie et Christophe, le couple suisse avec qui on a passé du temps à Bikaner et Jaisalmer. On se donne rendez-vous le soir pour aller manger… Bizarrement, ils sont en retard de plus d’une heure… Où est passé la ponctualité suisse ? On aura vite compris le pourquoi du comment de leur retard…

Ils ont fini par arriver et nous racontes qu’ils sont allés à la poste pour acheter des timbres de collection et se sont fait offrir du tchai (et quand on commence à boire des tchai quelque part, le temps n’existe plus). Ils doivent y retourner pour envoyer leurs cartes postales. On les accompagne. La poste est fermée, mais ce n’est pas grave, ils nous ouvrent la porte…

Jamais je n’aurais pensé ressortir de la poste sans avoir rien envoyé, avec un mal de tête (et pour faire passer le mal de tête on s’envoie une plaque de beurre ! Et tant pis pour le cholestérol !), mal aux abdos après avoir piqué trop de fou rire, parfumée pour ne pas sentir l’alcool… Là où la spiritualité interdit l’alcool, la viande et les œufs, on s’est pris une énorme cuite avec les postiers ! Tiens, ça me rappelle le film « Bienvenu chez les Chti »… C’est à la poste qu’on a rencontré la vraie spiritualité, des gens authentiques et qui nous ont offert un moment inoubliable… C’est la première poste où il y a même un livre d’or ! Le chef de la poste nous a emmenés dans un restaurant où il a tenu à nous inviter… On ne s’attendait pas à ce qu’il paye tout, on ne s’attendait pas non plus à rencontrer des gens si authentiques dans un lieu aussi touristique. Quelle leçon de vie ! Ici en Inde on ne dit pas merci à un ami, un merci doit venir du cœur, on ressent le merci on ne le dit pas…


Si un jour je dois rentrer en Suisse, j’aimerais me faire envoyer dans un gros paquet depuis la poste de Pushkar ça c’est sûr !




[1] Shanti est un mot sanskrit qui signifie la paix, le salut, le calme, la sérénité


[2] Je ne sais pas


[3] Les haveli sont des demeures, petits palais ou maisons de maître, parfois fortifiés que l'on trouve au Rajasthan et au Goujerat, en Inde. Construites par des princes rajputs ou des commerçants mewâri, elles sont ornées de peintures et à Jaisalmer, elles sont réputées pour leurs décors de pierre finement sculptés.


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