3. Madras, le quartier de la sueur et de la poussière


Me voilà aujourd’hui à Chennai, anciennement appelée Madras, dans un quartier dont je suis tombée sous le charme. Ici, il n’y a pas un seul touriste. C’est l’Inde que j’aime, l’authentique. Ici, personne ne cherche à m’arnaquer, ils sont tout content que je vienne chaque jour boire mon tchai dans leur buis buis et veulent que je les prenne en photo. Ici, c’est la campagne à la ville avec même de la paille par terre. C’est le quartier de la sueur où des gens tirent à bras des charrettes avec des marchandises de toutes sortes. C’est le quartier où l’on croise pleins de buffles blanc avec des petites clochettes au bout de leurs longues cornes et qui tirent les remorques surchargées. C’est le quartier où chaque rue a sa spécialité et on peut flâner des heures et des heures et découvrir des surprises à chaque coin de rue. Il y a la rue des fleurs, la rue des légumes, la rue des cartes de vœux, la rue de tout le matériel électrique, la rue des tailleurs… Et lorsque j’entre dans un magasin, les gens sont heureux d’accueillir une occidentale. Si bien que les prix sont plus que correct et que je n’ai plus besoin d’utiliser mes nouveaux talents de marchandeuse. Pour beaucoup de produit, c’est ici que tout s’achète en gros, alors quand je cherche 200 grammes de sucre, on m’en propose 100 kg…

Mon nouveau look y-est-il pour quelque chose ? Je passe presque inaperçue et je suis respectée par tous les indiens. En effet, j’ai enfin opté pour la tenue indienne (une punjabi dress, pas un sari) vraiment très confortable d’ailleurs. Me voilà presque indienne et fondue dans la masse.

Il me faudra quelques jours pour découvrir toute la richesse de ce quartier, pour apprendre au moins deux trois mots en tamoul, pour dénicher quelques trucs utiles en flânant dans les rues, pour savourer encore et encore du jack fruit mon fruit préféré… Moi qui pensait fuir Madras au plus vite, j’y ai trouvé un endroit charmant avec des gens si merveilleux que je me sens encore une fois telle une enfant qui arrive pour la première fois en Inde. Chaque fois que j’arrive quelque part, j’ai l’impression de commencer mon voyage, j’ai l’impression d’être encore plus au cœur de l’Inde… Chaque endroit a quelque chose à m’apporter, et même Madras la grande. Il suffit parfois de s’écarter un peu des chemins qu’empruntent les touristes pour retrouver toute la magie de l’Inde.

La magie de l’Inde, c’est « everything is possible ». Ainsi, qui n’a jamais rêvé d’avoir un lit recouvert de pétales de fleurs ? Pour quelques roupies, un homme peut offrir des fleurs à sa dulcinée chaque jour. Pour 12 centimes, je peux avoir des fleurs dans les cheveux et être à la mode de Madras.


Petite idée du cout de la vie

Une chambre d’hôtel : de 2,5 à 7,5 CHFS

Un thali (riz, plusieurs sortes de légumes et lentilles, a volonté) : entre 50 centimes et 1,5 CHF

Un tchai dans la rue : 10 centimes

Un lassi : (boisson à base de yogourt) 25 centimes à 75 centimes

Une plaque de chocolat pas bon : 2,5 CHF

Une salade de fruits dans un restaurant à touristes : 1,3 CHF

Une crêpe : entre 50 centimes et 1,5 CHF

1 délicieuse banane: 5 centimes

1kg de yaourt : 1 CHF


Le trajet en bateau jusqu’aux îles andamans en dernière classe : 50 CHF

Le trajet en avion jusqu’aux iles andamans : 87 CHF et 125 CHF

Location d’un vélo : 1,25 CHF par jour

Un t-shirt bon marché dans un magasin à touristes : 1 CHF minimum

Un litre d’eau : 40 centimes

Une noix de coco : 25 centimes

Offrir de l’argent à un mendiant : 12 centimes à l’infini

Un pourboire dans un petit restaurant: 12 à 25 centimes


Voilà pour vous faire une idée du coût de la vie… Je pourrais vous faire encore une longue liste de prix mais la n n’est pas le but. J’ai aussi parlé des prix locaux et non des tarifs « surdimensionnés » dans les lieux touristiques où on peut payer au moins dix fois le prix normal.

Tout ça pour clouer le bec à tous ceux qui pensent qu’il faut être riche pour voyager. Tout ça pour dire qu’avec l’argent qu’on met chez nous en Occident pour se payer un super canapé et une télé à écran plat, on pourrait certainement au lieu de regarder la télé en rêvant, partir et vivre ses rêves.

Il est six heures du matin, je suis dans un hôtel à Madras. On frappe pour la Xième fois à ma porte. Ce, pour me proposer du tchai ou du café. Ce sont les employés de l’hôtel, ils font la compétition pour me vendre du tchai. Cela pourrait être sympa un peu plus tard mais surtout moins fréquemment (toutes les 10 minutes de 6h à 9h). Tiens, justement voilà qu’on frappe à ma porte, moi qui croyais avoir la paix, il est 10h30. Non je ne veux pas de tchai et je vais bientôt finir par m’énerver. L’unique raison de tout ce cinéma, c’est les 2 roupies de pourboire que se fait l’employé qui livre son tchai !!! 2 roupies ! Ce qui fait à peine 5 centimes. Chaque roupie récoltée a son importance. Et ici à Madras, je vis dans le quartier de la poussière et de la sueur…


Chennai, scènes de rue


L’Inde se réveille. Il est 5 heures. Je monte sur le toit de l’hôtel au 5e pour prendre des photos du lever du soleil. Mais, surprise, il y a du monde qui y dort, je ne vais donc pas les déranger… A la réception, les employés dorment sur le sol comme dans presque tous les hôtels. Mince, la porte est fermée, mais heureusement une grande fenêtre est ouverte, je sors en douce sans réveiller personne.

La lumière du jour commence à apparaitre, les rues sont calmes pour l’instant. A la quête d’un p’tit dej, je me lance. Il a le tchai et les délicieuses boules de pâte frite encore toutes chaudes (qui ressemblent à nos beignets de carnaval). Je viens de découvrir qu’ici au sud il y a du café délicieux, un vrai régal, le café produit ici. Alors que dans le nord, c’est une goutte de café Nestlé dans le lait super sucré, si on peut appeler cela du café.

Je suis dans mon buis buis à tchai préféré, le serveur me prépare un succulent tchai au gingembre, mais s.v.p. pas trop de sucre, je sature.

Puis, armée de mon appareil photo, j’arpente les rues et je mitraille ! A ma grande surprise, les gens me demandent de les photographier, ils sont tout contents et fier de poser. Je suis dans le quartier de la poussière et de la sueur : le quartier des docks. Mais c’est aussi le quartier des sourires et des gens si accueillants… Pour la première fois, je suis à l’aise avec mon appareil photo, ce qui me permet de prendre enfin le quotidien indien.

Je traverse la rue où des camions, des remorques tirés par des bœufs, des charrettes a bras, sont chargés et déchargés par des hommes forçats qui portent des sacs de parfois plus de 50 kilos sur le dos. C’est la face cachée de notre chère mondialisation, qui nous permet d’acheter en occident, du riz basmati et autres produits pour trois fois rien…

Dans la cohue du marché aux fleurs et aux légumes, lieu où je suis obligée de slalomer entre bouses de vaches, paille et hommes forçats, mon odorat est agréablement bercé de milles senteurs. Mes yeux sont ébahit par une sublime mosaïque de couleurs et mes oreilles bien que je ne comprenne rien à cette langue rapide, interpellées par des millions de sons de voix différentes.

Vous n’allez pas me croire, j’ai pris 228 photos des rues et des gens du quartier dans lequel je me trouve!

Comment faire un grand plaisir aux gens ici ? En imprimant leur portrait. Une simple photo offerte est un plaisir inimaginable ! Ce fut un moment inoubliable ! On m’a offert du tchai, du jus de canne, des roses, des fleurs dans les cheveux (culture d’ici). Je suis devenue l’amie des indiennes heureuses de m’accompagner dans les rues. La communication n’est pas très évidente, le tamoul est une langue trop difficile à prononcer et à comprendre… Les gens pourtant essaient de m’apprendre des nouveaux mots et ça part en fou rire à chaque fois que j’essaie d’en prononcer un.

En un mot, je me suis vraiment éclatée ! Quel bonheur d’être avec les indiens. Mon habit d’indienne, mon piercing au nez, mon point au milieu du front (bindi), mes bracelets aux poignets aident à mon intégration dans leur culture et mon contact avec les femmes s’en trouve complètement changé.

21 heures devant mon hôtel, je vois des femmes et des enfants en habits somptueux. Tout le monde a sorti les habits de fête. Au bout de la rue, un char approche avec des cracheurs de feu, des feux d’artifices, et de la musique à plein tube…

Qu’est-ce que c’est encore ?

J’ai souvent dit que l’Inde est le pays des surprises à chaque coin de rue. C’est un ministre important qui défile sur un char majestueux et qui a sorti le grand jeu… waouh ! Décidément aujourd’hui je n’ai pas fini de m’en prendre plein la vue !



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