5. Au coeur du Sikkim

Le Sikkim, royaume indépendant jusqu’en 1975 est un petit état indien situe entre le Népal, le Tibet, le Bhoutan et l’état du Bengale Occidental. Les premiers habitants, les Lepcha, étaient des tibéto birman (ayant immigre de l’Assam ou du Myanmar au XIIIe siècle). Le peuple Bhutia arriva du Tibet au XVe siècle afin d’échapper aux violences entre ordres bouddhistes rivaux. De nombreux népalais hindous affluèrent au XIXe siècle et forment désormais le plus gros de la population sikkimaise.

Voilà pour la p’tite histoire… Que de visages aux yeux plus ou moins bridés, à la peau plus ou moins claire, diversité des habits traditionnels contrastant avec la mode occidentale des jeunes… La gentillesse et la douceur des gens, la culture bouddhiste, la paix, le calme, la propreté… Mais suis-je encore en Inde?

Gangtok, la capitale, s’étend sur une crête à 1700 mètres d’altitude. La vieille ville est typiquement tibétaine, mais beaucoup de constructions en bétons viennent gâcher tout le charme de la ville. Une rue ressemblant aux Champs-Elisés avec nombres de boutiques de luxe me rappelle l’occident. Quel dépaysement ! Non, je ne suis plus en Inde.

Peeling, la petite ville touristique qui n’est qu’une alignée d’hôtels, est connue pour sa vue imprenable sur le Khangchendzonga, 3e plus haute montagne du monde avec 8598 mètres. J’y ai passé deux jours en espérant le voir enfin ce mur de 8km de haut ! Mais non, il y a trop de nuages, il pleut, il fait froid… Les monastères sont jolis mais la route bétonnée brise tout le charme…

Me voilà bien déçue du Sikkim, moi qui rêvais de crapahuter en pleine nature, de voir cette montagne si imposante… J’ai presque fait demi-tour. Mais j’ai décidé de persévérer, j’allais bien trouver quelque chose au Sikkim… Le Sikkim qui m’appelle depuis mon dernier voyage, il y a bien ici quelque chose à y découvrir ?


Direction Khecheopalri Lake en jeep collective. Nous avons battu un record : 18 personnes dans une jeep (plus petite que la jeep Nissan de mon papa). Si si 18 entassés dans une jeep c’est faisable, à condition d’avoir un peu de souplesse dans les jambes et un cul bien rodé. Oh mais que je souffre sur les routes serpentines himalayenne… heureusement qu’une plaquette de « vomi stop » achetée en prévention du mal de mer m’aide un peu à mieux supporter les trajets. Arrivée au lac après une heure ou deux de jeep (…). Un vieux papy tibétain, avec un chapeau de cow boy, une jupe tibétaine, des santiags à talonnettes aux pieds, équipé de deux bâtons télescopiques du parfait trekkeur, nous accueille (un couple de français, un belge et moi) chaleureusement et nous invite à le suivre dans sa guest house.

Nous grimpons une pente ultra raide qui n’en finit plus au travers d’une forêt luxuriante de toute beauté… Je n’en peux plus, je transpire à grandes gouttes, je n’ai plus de souffle… Le vieux qui se prénomme Pala me dépasse et ne montre aucun signe de fatigue malgré ses 83 ans ! Les enfants courent et moi je m’arrête toutes les deux minutes… Ouf, mon dieu eh ben il va falloir me faire des muscles pour affronter les montagnes himalayennes!

Arrivée au sommet après 30 minutes de marche, je découvre un havre de paix. Je crois rêver. Enfin je l’ai trouvé ce coin de paradis dans l’Himalaya !!! Quelques petites maisons en bois, des enfants qui jouent et qui sont si heureux, un accueil chaleureux. Bref, c’est merveilleux !

Un feu, un succulent repas, une guitare, dix pays qui se rencontrent… Pala le vieux papy qui nous racontent des histoires, sa petite fille qui chante et danse…

Ma petite chambre en bois peinte en bleue est très rudimentaire et laisse passer beaucoup de courants d’air car il n y a pas de vitres aux fenêtres et les nuits sont très fraiches (j’ai pu utiliser ma couverture de survie croyant que j’allais mourir de froid). Ma compagne l’araignée monstrueuse ne me fait plus peur au bout de quelques jours, après l’avoir nommée Elisabeth ce qui dédramatise un peu la chose… Mais bon parait-il qu’on s’habitue à tout…

Les repas sont absolument délicieux, je reprends des forces. J’avais passé quelques jours au régime momos (ravioli tibétain) et perdu quelques kilos. Comme ici au Sikkim il n y a pas de bouffe de rue et de petit restaurants bon marché, je n’ai mangé que des momos et des soupes. Les momos je sature. Brève description : c’est une sorte de ravioli fait à partir d’une pate blanche avec dedans la majorité du temps du chou et peut-être un peu d’oignons et de carottes mais le chou domine. Le tout est bouilli et cela donne un momo. C’est bon, mais on s’en fatigue vite, ça ne nourrit pas et c’est fade.

Pala, le vieux papy dit qu’il était le cuisinier du Dalai Lama, peut-être qu’il fabule mais en tout cas, la cuisine il sait faire et je vous laisse maintenant imaginer les succulents repas qu’il prépare pour ses hôtes… Mumm de bons champignons fraîchement cueilli dans la forêt, des légumes frais du jardin, le meilleur thé que je n’ai jamais bu, du bon pain tibétain… Waouh un vrai régal !

Un repas avec en toile de fond, le fameux Khangchendzonga, des petits moines bouddhistes tout de jaune et bordeaux vêtu qui s’en vont à l’école, des yacks imposants qui transportent des sacs sur leur dos, une grande statue de bouddha qui, de son regard, me plonge davantage dans un monde irréel d’où j’entends le son des trompettes bouddhistes…

Les jours passent, la vie s’écoule. Je crois parfois rêver, il règne ici une atmosphère de joie, de foi bouddhiste, d’amour, de chaleur humaine incroyable.

On débarque ici en s’imaginant ne rester qu’une nuit avant de reprendre la route du trek des monastères. Mais personne ne peut quitter cet endroit… On est bloqué ici au sommet de nulle part dans un endroit qui ressemble étrangement au pays de Peter Pan où l’on redevient des enfants…

Le trekking est un mot très à la mode mais on pourrait l’appeler tout simplement, ballade en montagne (mais c’est moins fun). Dès mon arrivée au Sikkim, je découvre que pour la haute montagne il faut un permis et un guide et cela coute 30 dollars par jour. Pour les autres treks, peu de possibilités car la forêt est trop dense et inaccessible… Cependant, à peine arrivée dans mon havre de paix, je découvre pleins de sentiers dans la montagne et de nombreuses possibilités de ballades féeriques.

J’en chie (désolée du terme, mais c’est vraiment le plus approprié). Les pentes sont ultra raides et ne semblent ne jamais se terminer, et les descentes ne sont guère plus faciles car glissantes et fatigantes pour les genoux et les chevilles… Les ballades sont merveilleuses au cœur d’une nature luxuriante, arbres énormes, forêts densément boisées et enrichie de milles senteurs et bruits d’insectes et d’oiseaux… Comme un genre de méditation, je me détache du mental, apprécie le moment présent, observe, m’émerveille devant une telle beauté et diversité des paysages d’un vert éclatant. Je dépasse mes limites et arrive péniblement au sommet des montagnes d’où la vue mérite l’effort fourni.

Après six jours dans mon petite havre de paix où le temps semble s’être arrêté, j’ai repris le sentier jusqu’à Yuko, une journée de marche.

Yuko, situe à 1780 mètres d’altitude est un ravissant petit village historique. C’est d’ici que démarre le trek vers le Khangchendzonga (un peu trop cher pour mon budget, mais je serais tentée la prochaine fois de m’offrir cette ascension…). Pour l’instant, je me contente des nombreuses ballades splendides dans les alentours….

Je suis repartie hier à pied jusqu’à Tashiding. La longue ballade était de toute beauté ! Mes yeux sont tout émerveillés, me voilà aspirée par la magie du Sikkim… Tashiding se résume à une petite rue en pente. Des gens qui m’accueillent par un Namaste en joignant les mains et en m’offrant leur magnifique sourire…

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